14 janvier 2009
Le bal des actrices
Il fallait oser... Maïwenn l'a fait. Et ce n'était pourtant pas facile car les films sur le métier d'actrice existent depuis l'invention du cinéma et il est toujours difficile de ne pas radoter quand tout (ou presque) a été dit. Cependant, construisant son film comme un habile exercice de style où les actrices jouent leur propre rôle dans un pseudo documentaire qui n'en est pas un, Maïwenn réussit à retracer une nouvelle frontière entre réalité et fiction. A l'instar de son premier long-métrage, Pardonnez-moi, elle instaure dès le début de son film un doute sur la véracité des situations et des propos tenus. Si effectivement, le film plonge assez rapidement dans la comédie et révèle ses intentions dès le premier interlude musical, il n'en résulte pas moins un film fascinant qui se plaît à jouer constamment sur les apparences et l'aspect pris sur le vif. Assez éloigné de Les Acteurs de Bertrand Blier qui intellectualisait à outrance le métier de comédien, Le Bal des Actrices a pour seule ambition de nous montrer ce qu'est véritablement une comédienne, ses attentes, sa force et son besoin incommensurable d'amour. Car Maïwenn l'annonce assez vite : pour faire ce métier, il faut être névrosé. Et c'est donc durant 1h45 que nous allons suivre avec un vrai plaisir, mêlé de voyeurisme et d'amusement, les névroses de Karin Viard, Mélanie Doutey, Charlotte Rampling, Muriel Robin et bien d'autres...
Reconnaissons tout d'abord la bonne dose de courage et d'auto-dérision dont font part les comédiennes du film qui, si elles jouent des situations écrites, semblent cependant très familières avec ce qui est raconté. Karin Viard perd tous ses moyens et son ego surdimensionné lorsqu'on lui demande de dire trois mots en anglais, Marina Foïs ne supporte pas qu'on la réduise aux Robins des Bois et crache sur les jeunes réalisateurs, Muriel Robin en a marre de faire marrer, Karole Rocher explose la tronche à Christine Boisson dans un affrontement percutant, Jeanne Balibar ne supporte plus de tourner pour des intellos aux petites bites... Bref, si rien n'est vrai, tout semble authentique. Et c'est ce qui fait la force de film. Les confidences, les apartés, si elles font partie d'un chemin de fer fictionnel résultent d'un vécu et d'une expérience qui en disent long.
Le film se permet donc de ne pas flirter uniquement avec le comique et se laisser aller au rire jaune, quitte parfois à mettre le spectateur mal à l'aise face à des choses qu'il n'a pas envie de voir. Le métier d'actrice, c'est bien joli mais ce n'est pas toujours rose... Les situations, souvent embarassantes (Romane Bohringer qui se fait payer en liquide -et en douce- pour faire une pub Nokia, Jacques Weber qui traite Muriel Robin de connasse prétentieuse ou Yvan Attal qui insulte Mélanie Doutey dans son dos) nous révèle que vendre son corps et son mental à des cinéastes ou des metteurs en scène est un processus complexe dans lequel l'apparence, le pouvoir des médias, la chance et le copinage font mauvais ménage.
Au final, Le Bal des Actrices est une vraie réussite qui parvient à se soustraire de l'effet people engendré par le prestigieux casting. La réalisatrice ne perd jamais de vue son sujet principal et parvient à nous faire vivre un nombre incalculable d'émotions à travers l'existence de ces actrices qui sont avant tout des femmes... Le film parvient alors à tracer un merveilleux portrait de la gente féminine dans toute sa complexité, ses paradoxes à travers les désirs de celles-ci et leurs frustrations. Comme toutes les femmes, les actrices veulent être aimées mais lorsque être aimé devient un métier, quelles sont les limites entre le travail et les sentiments ? La question n'a pas de réponse car les comédiennes jouent leurs vies et vivent leur jeu, elles sont un tout indissociable, entre réalité et fiction justement, auquel le film rend un vibrant hommage.
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